Introduction
À l’aube de 2024, les activités de fusion et d’acquisition au Canada se trouvent à la croisée des chemins, entre anticipation et occasions. À la lumière des tendances récentes qui ont façonné le milieu juridique du Canada, et celles qui sont prévues, il est évident que les discussions sur l’avenir sont teintées d’une note d’optimisme prudent.
Dans le présent article, nous nous penchons sur les tendances qui devraient émerger sur le marché canadien des fusions et acquisitions en 2024. Dans une optique pragmatique, nous examinons les facteurs clés qui façonnent l’environnement des fusions et acquisitions, qu’il s’agisse des taux d’intérêt et de l’inflation, de l’évolution de la dynamique du crédit privé ou de l’intérêt international croissant pour les énergies renouvelables du Canada.
Confiance accrue à l’égard des taux d’intérêt et de l’inflation
Dans l’environnement changeant des fusions et acquisitions qui règne au Canada en 2024, la stabilisation prévue des taux d’intérêt et de l’inflation jouera un rôle décisif sur la conclusion d’accords. Certains acquéreurs, jouant de prudence, évalueront les conditions économiques tandis que d’autres, stimulés par la « nouvelle normalité » des taux d’intérêt plus élevés, se lanceront audacieusement dans des activités de fusion et d’acquisition.
La Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine ont toutes deux laissé entendre qu’elles réduiraient leurs taux d’intérêt en 2024. Bien que la date de ces réductions reste inconnue, l’apaisement des inquiétudes entourant l’inflation et les hausses de taux pourrait stimuler l’activité du marché.
Occasions d’acquisitions d’entreprises en difficulté
Les répercussions de l’aide gouvernementale apportée pendant la période suivant la pandémie de COVID-19, conjuguées à l’incidence des taux d’intérêt élevés, ont donné lieu à une abondance d’occasions d’acquisition d’entreprises en difficulté et de possibilités de restructuration. Les liquidités limitées et les valorisations excessives forceront les entreprises à évaluer des solutions de rechange stratégiques, ce qui devrait entraîner une multiplication des fusions et acquisitions d’entreprises en difficulté. En 2024, les entreprises bien capitalisées devraient être en mesure de réaliser des acquisitions stratégiques à des prix réduits.
Accalmie du marché des fusions et acquisitions
Un changement notable marquera l’environnement des fusions et acquisitions en 2024 : le marché devrait être moins frénétique et caractérisé par une plus grande parité entre les acquéreurs et les vendeurs. La tendance aux transactions hâtives pourrait être remplacée par une approche plus réfléchie préconisant des périodes de négociation plus longues et le recours généralisé à une vérification diligente approfondie. Les acquéreurs comme les vendeurs devraient se montrer plus prudents, ce qui se traduira par l’inclusion de conditions plus équilibrées et nuancées dans les contrats, notamment l’utilisation continue de structures prévoyant des clauses d’indexation sur les bénéfices. Ce virage vers un environnement des fusions et acquisitions mesuré souligne l’importance de procéder à des évaluations approfondies et de privilégier des négociations collaboratives pour parvenir à des résultats mutuellement favorables.
Le fragile équilibre entre le risque et le rendement ramènera les négociateurs à la table des négociations, ce qui créera un climat dans lequel la prise de décisions astucieuses sera primordiale. Dans ce contexte, nous observons un optimisme prudent, les parties prenantes évaluant attentivement les répercussions de ces facteurs économiques sur la dynamique des transactions.
Disponibilité et utilisation accrues des sources de financement privées
L’évolution du paysage financier a fait apparaître une tendance notable à l’horizon, soit le recours accru au crédit privé pour financer les prix d’acquisition. En raison de la hausse considérable des coûts d’emprunt, non entièrement compensée par la baisse des valorisations, les banques traditionnelles, soumises aux contraintes imposées par les cadres réglementaires et la propension au risque, pourraient ne pas pouvoir ou ne pas vouloir fournir les capitaux nécessaires aux transactions de fusion et d’acquisition. C’est pourquoi le crédit privé est devenu une source intéressante de capitaux. Plus de 50 % des prix d’acquisition ont été financés par du capital-investissement dans le cadre de transactions de fusion et d’acquisition réalisées au Canada — un seuil rarement dépassé depuis 2008. En 2024, les négociateurs devraient recourir de plus en plus souvent aux instruments de crédit privés et aux solutions financières innovantes. Il est probable également que les emprunteurs tirent parti des relations existantes avec leurs prêteurs, car les banques et autres prêteurs seront plus enclins à mettre leurs capitaux à la disposition des emprunteurs avec lesquels ils ont déjà établi une relation.
Surveillance par les organismes de réglementation
Un consensus de plus en plus large se dégage parmi les organismes de réglementation chargés de la concurrence et les décideurs sur le fait que de nombreux marchés sont devenus moins concurrentiels et nécessitent le renforcement des mesures d’application de la loi sur les fusions. En 2024, les organismes de réglementation devraient intensifier leur surveillance des investissements étrangers et des regroupements d’entreprises stratégiques.
Les modifications proposées à la Loi sur la concurrence visent à renforcer les pouvoirs du Bureau de la concurrence en matière d’application de la loi et d’imposition de pénalités et de sanctions. Par suite de ces modifications, un plus grand nombre de fusions devront satisfaire aux exigences relatives aux avis et à l’approbation, et le seuil à partir duquel le Bureau peut contester une transaction est abaissé. Il en résulte une incertitude liée à la réglementation et une hausse est coûts. Ces aspects pourraient repousser certaines entreprises souhaitant conclure des transactions au Canada.
Pleins feux sur les facteurs ESG et les énergies renouvelables du Canada
Le secteur canadien des énergies renouvelables est appelé à susciter davantage l’intérêt des investisseurs internationaux en 2024. À l’heure où les initiatives mondiales sont axées sur les pratiques durables, les projets canadiens présentent des occasions d’investissement intéressantes. L’engagement du Canada à l’égard des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), y compris les cibles fixées en matière d’énergie renouvelable, combiné à l’appétit international pour les investissements verts fait du pays un acteur clé de la transition énergétique mondiale. Les investisseurs qui souhaitent profiter de capitaux plus facilement disponibles considéreront les projets d’innovation en matière d’énergie propre comme une option intéressante, compte tenu des mesures prévues dans le budget fédéral canadien et celui des provinces pour attirer les investissements. Les investisseurs et les négociateurs devraient explorer les possibilités de partenariats et d’acquisitions dans le secteur canadien des énergies renouvelables, ce qui contribuera à la croissance du secteur et favorisera la collaboration internationale.
Cela dit, il est de plus en plus important que les parties aux transactions de fusion et d’acquisition évaluent et structurent soigneusement leurs transactions en plaçant les facteurs ESG au cœur des priorités et en veillant à inclure une description, des objectifs et des indicateurs de rendement précis. Ces points s’appliquent particulièrement aux grandes sociétés ouvertes ou aux multinationales compte tenu de la pression croissante exercée par les investisseurs et les parties prenantes pour qu’elles accordent la priorité aux facteurs ESG.
Conclusion
Le marché canadien des fusions et acquisitions en 2024 est caractérisé par des occasions permettant de créer de la valeur grâce à des méthodes de financement créatives, à des acquisitions stratégiques ainsi qu’à des conditions et structures de contrat soigneusement pensées. Au moment où nous anticipons la stabilisation des taux d’intérêt et de l’inflation, l’essor du crédit privé, l’intérêt international pour les énergies renouvelables du Canada, les occasions d’acquisition d’entreprises en difficulté, la surveillance accrue par les organismes de réglementation et l’accalmie du marché des fusions et acquisitions, les négociateurs stratégiques et bien informés, ainsi que leurs représentants juridiques, s’apprêtent à tirer parti de l’évolution du marché des fusions et acquisitions.
Les tendances prévues pour 2024 soulignent l’importance de la prévoyance stratégique, de la capacité d’adaptation et d’une compréhension nuancée des subtilités inhérentes à chaque transaction. Puisque le paysage juridique s’adapte aux changements économiques et aux impératifs mondiaux, nous pouvons utiliser ces connaissances pour conclure avec confiance et clarté les transactions de fusion et d’acquisition.
Grâce à notre collaboration et à notre engagement inébranlable envers l’excellence, nous comptons contribuer à la croissance et au succès continus des entreprises canadiennes dans l’environnement en constante évolution des fusions et acquisitions.